Une bonne moyenne pour ce WE d’été et la saga du corps-mort
J’ai deux engagements pour ce week-end :
1° déplacer le corps mort à l’intérieur de la zone autorisée sous peine d’encourir les foudres de la police des mouillages municipaux ;
2° embarquer la petite famille de Corine et Olivier pour une découverte de l’île aux oiseaux.
Le reste est open.
Autant le dire tout de suite : grâce au beau temps et au vent de force 4 soutenu, le programme sera non seulement tenu mais outre passé pour le plus grand plaisir de tous les participants et le mien aussi.
Ca commence vendredi en fin de journée, juste après un apéro chez quelques autochtones du village des pécheurs du Ferret à qui je viens d’emprunter une pelle. La marée encore assez basse pour aller à pieds au bateau et commencer d’exarénation du corps mort (c’est comme exhumer mais à partir d’un sol sableux). Et une fois dégagé, commencer à le rouler mais, ouille, qu’il est lourd, et puis… carré comme il est, il ne roule pas très bien. Je me crève au 3e “tour”. Faut trouver autre chose. Je vais tenter un truc : le charger dans ma pauvre annexe qui en a déjà pas mal à son actif ; ainsi, la marée montante le fera flotter et je pourrai demain matin l’acheminer sans peine à destination avant de basculer l’annexe en espérant ne pas faire tomber le bébé de 150 kg sur mes pieds. Malin. Action. Le corps mort est chargé dans l’annexe. Je peux m’installer dans l’Iboga pour la nuit.
Quelle nuit ! Un fort vent de nord persistant fera lever une bougre de houle qui roule le bateau assez fort pour le réveiller toutes les heures… Je ne suis pas frais au matin. Pas très heureux non plus : la houle a renversé l’annexe qui flotte à moitié coulée, la pierre au fond. A refaire.
Samedi matin
Mais je ne peux pas rester, à 07:00 la marée baisse et si je veux naviguer il faut décarrer illico. Je conduis donc le bateau au chenal ou je m’installe au petit déj, en attendant les amis.
La matinée se passe en bricolages, en particulier refixer l’échelle de bain qui avait cédé sous mon poids samedi dernier aux Galouneys. Je retourne aussi à basse mer au corps mort pour une nouvelle tentative de déplacement à la façon d’Archimède, mais cette fois non plus dans l’annexe mais sous l’annexe. Je pose la barquasse sur le corps mort et je les solidarise en espérant bien les équilibrer. reste à charger la chaine et la bouée et ne pas oublier d’attacher l’ensemble à un autre mouillage, des fois qu’il flotte !
Et puis l’équipage me rejoint : Corine, Olivier, Fred, Alexia et la corres’ anglaise d’Alexia, et Martin.
Corine n’a jamais été à l’île.
Alors on va y aller. J’ai prévu la pause déjeuner plus escale au port de l’île, quartier nord. Mais avec ce vent, nous avons la possibilité de faire le grand tour : Grand banc, Mapoutchet, passage devant les tchanquées, pointe du congre, louvoyage dna sle chenal de l’île jusqu’à destination. Depuis le bancot, c’est Alexia qui barre.
Escale. La marée n’est pas encore assez montée pour nous permettre d’approcher de la plage. Casse croûte de fameuses charcuteries basques et rosé frais.
A terre, découverte du quartier nord, ses cabanes serrées, le pré salé derrière la plage, les tonnes, les sentes, les rouyets et les mini ports ; grande promenade le long de la côte nord et ouest de l’île, jusqu’à Afrique. Autres cabanes, point de vue de l’autre côté de l’île… Traversée du quartier privé. Il n’y a personne à déranger, c’est pas plus mal. La pinède de l’île a payé un certain tribut à la tempête Klaus : il y a du bois à terre… Fin de la promenade pédestre.
De nouveau dans le carré de l’Iboga. Pause café-rhum arrangé.
Tour de l’île
Et départ pour boucler le tour de l’île. On coupe un peu sur les terres et à travers parcs avant de rejoindre le chenal à la hauteur de Jeanne Blanc (si j’en crois la carte de JM Bouchet). Et un run débridé vers le Ferret (trace rouge sur la photo aérienne du bassin). Dépôt de l’équipage à terre pour préparer la soirée. Je garde Olivier pour la manoeuvre du corps mort non, c’est pas fini, vous verrez !)
Première bonne chose : mon dispositif flotte ! Le tabur maintient très péniblement mais certainement le corps mort en suspension. Nous attelons le tabur au bateau et commençons la traction. Mais c’est pas évident avec ce vent et la résistance du corps mort qui doit s’agiter là dessous… Finalement, je saute à l’eau et je continue en le tirant à la main.
La 2e bonne chose, c’est que j’arrive presque au point décidé. Il ne manque qu’une 20e de mètres. Mais la marée est trop baissée maintenant pour aller plus loin. Je devrai continuer demain dimanche.
Nous laissons l’Iboga non loin. de toutes façons je devrai arriver très tôt demain.
Soirée épicurienne et amicale aux 44, comme je les aime…
Réveil à 06:15.
Dimanche matin
Correspondance envoyée depuis mon iPhone en léger différé :
Mon programme de ce matin s’est déroulé conformément. L’eau n’était pas trop froide à 6 h 30 et il en restait juste assez pour déplacer le caillou vers sa destination que j’espère définitive (pour cette saison au moins). L’annexe a souffert pendant l’opération mais c’est pas grave; je la recollerai et elle pourra certainement servir une saison de plus. J’ai aussi trouvé le temps de prendre du pain à la meilleure boulangerie du Ferret.
C’est ainsi que j’ai hissé les voiles à 7 h. Il n’y avait pas beaucoup de concurrence. Fort courant de marée descendante et bon vent d’est. Destination : le banc du Toulinguet, “rive droite” des passe actuelles du Bassin. Descente au débridé. Les lumières sont irréellement belles ce matin.
Le banc est quasi désert. Seuls les bateaux des pêcheurs troublent le lieu. Le bruit mais surtout les vagues qui s’ecrasant sur le banc chahutent mon bateau à l’ancre.
Je m’installe pour le petit déj. Mais une vague plus grosse que les autres précipite ma thermos qui se brise. Adieu mon thé chaud :-((
Péripétie.
Puis le repos avant d’aller crapahuter pour reconnaitre la côte noroit du banc.
Il y avait un petit 3 bft pour descendre, et depuis, plus grand chose, mais vers midi, le nord revient. Je quitte ce mouillage de rêve, ses grands espaces vierges et déserts et ses points de vue inédits. Garanti : je reviendrai avec mon kite.
En quelques bords (voir la trace verte sur la photo de Google maps), aidé par le courant porteur, je reviens à l’escoure du phare pour ensabler le corps mort (et en finir avec cette corvée inintéressante !)
Quelques coups de pelle plus tard, et le temps d’un casse croûte à l’abris du vent que déjà la navigation me manque. J’ai largement le temps : une marge de 5 à 6 heures devant moi avant de risquer manquer d’eau au prochain descendant. mais je me donne jusqu’à 17:00-18:00.

Devant la Chapelle, un petit coucou amical au patron d’Estouki, qui en profite pour shooter l’Iboga de son point de vue haut perché. Il en sortira une série de photos très sympa.
Avec 25-30 nds de vent et malgré les 75 de coef. le bassin est devenu assez petit pour envisager un joli tour. L’Iboga fille un bon 7-8 nds. Je me régale à la barre.
Une dernière boucle
Je me fais un devoir de passer à l’intérieur de la zone de corps morts d’Arcachon aux proportions démentielles ; on n’a pas idée de restreindre à ce point l’espace de navigation !
Après l’épisode photo, c’est Eyrac, le port, la pointe du Tès, le Teychan jusqu’au Bourrut ou j’enquille le Courant à contre sens — je veux dire bout au vent. Alors c’est une série de virement de bords d’une rive du chenal à l’autre, enfin, peut-être : le chenal n’est que très médiocrement balisé, il n’y a plus de parqueurs, plus de parcs, plus de pignots… Au final, si j’en crois la trace bleue sur la photo satellite, j’ai un peu sous-estimé la largeur du chenal et donc tiré 2x trop de bords… Pas grave, on l’aime la voile, hein ?
Et après, histoire de prendre un bain de foule, traversée à fond du parking à bateaux de Gahignon, à côté de la cabane tchanquée authentique et de l’autre. Pelourdey, Afrique, retour dans la rade d’Arcachon. Échange d’appels avec Estouki pour une opportunité de rencontre ? Mais finalement non. Alors il est temps de mettre le cap sur le Ferret pour clore ces 2 jours de temps exceptionnel pour la voile.
L’arrivée au portant sur la plage, pour débarrasser le bateau ; l’aide précieuse d’Emmanuel, futur équipier des 18 heures, et je laisse l’Iboga à son nouveau mouillage, plus près de la plage, et aussi plus près des autres bateaux, mais avec une ligne raccourcie… on verra comment ça va à l’usage.


Le Mercredi 24 juin 2009 à 14:48
Bonjour François-Xavier, beau parcours de l’Iboga ce week-end. Une petite réaction pour éviter que ton humeur sur l’étendue démentielle des zones de corps-morts d’Arcachon ne déclenche une révolution sur le Bassin.
Je te cite : “Je me fais un devoir de passer à l’intérieur de la zone de corps morts d’Arcachon aux proportions démentielles ; on n’a pas idée de restreindre à ce point l’espace de navigation !”
Ma réaction : l’espace de navigation est délimité par des arrêtés préfectoraux maritimes qui sont en principe la synthèse de réflexion des usagers du Bassin et de l’Administration. En ce qui concerne le front de mer d’Arcachon, un arrêté datant de 1976 et reécrit dans l’arrêté 2008/065 du 09 juillet 2008 définit une “ZONE RÈGLEMENTÉE” balisée par des bouées jaunes de diamètre 100 cm où il est interdit à tout navire de naviguer paralèllement à la plage, qu’il y ait des corps-morts ou pas. Les navires n’ont le droit de pénétrer dans cette zone seulement pour des motifs pertinents, se mettre en sécurité, rejoindre ou quitter le poste de mouillage. Cette interdiction s’applique de la jetée d’Eyrac jusqu’au Moulleau ainsi qu’une partie au Nord du Cercle de la Voile d’Arcachon.
Quant aux zones de mouillages gérées par Arcachon, elles sont à l’intérieur de cette zone réglementée et repérée par une bouée jaune de 60 cm de diamètre à chaque angle du quadrilatère. C’est l’arrêté préfectoral maritime de 2003 qui donne concession aux communes riveraines et qui définit les coordonnées des limites territoriales de chacun de ces quadrilatères.
Les corps-morts gérés par Arcachon sont beaucoup plus proches de la côte que la limite extérieure de la ZONE RÉGLEMENTÉE. On ne rentre pas dans une zone de mouillage exploitée en concession comme on ne rentre pas dans une concession ostréicole. Ce sont des “propriétés privées ” dès le moment où il y a un exploitant.
L’exploitant édite un règlement intérieur dont les interdictions s’ajoutent aux interdictions préfectorales. L’interdiction de naviguer dans ces zones et l’obligation de signaliser ces zones n’a qu’un but de sécurité pour les navigateurs dans l’annexe et les navires en manoeuvre d’approche. Eloigner toute navigation de la côte permet d’éloigner toute la pollution potentielle, sonore (scooters) et clapot qui “use” la plage.
L’Iboga sous voile n’est pas bruyant, ne crée pas un fort sillage, par contre est très peu manoeuvrable à cause des forts courants même si son skipper fait preuve d’expérience et de dextérité.
En ce qui concerne les mouillages gérés par Arcachon, on ne cessera de répéter que la zone d’évitage est dangereuse. Des navires ont malheusement souffert de sinistre depuis le début de la saison 2009. Pour comprendre les malheurs cliquez ici :
http://mouillagescdrom.wifeo.com/mouillages-ecologiques-synthese.php
Dans l’espoir que maitre-skipper de l’Iboga n’accuse plus les navigateurs au mouillage d’envahir les zones de navigation.
Bonne navigation et bon mouillage. Pierre.
Le Mercredi 24 juin 2009 à 16:09
Pierre bonjour, merci de ton commentaire et des efforts d’information de l’association CDROM. Merci aussi de faire la différence entre les nuisances respectives du motonautisme et de la voile.
Tu peux être assuré que, si l’Iboga navigue parallèlement (plus ou moins si je tire des bords) à la côte dans la zone de mouillage, ce sera toujours en situation d’être manoeuvrant et pour des raisons de sécurité : réduire le temps de parcours, me mettre relativement à l’abris du courant ou du vent…
Pour le jour où les cow boys en Beacher 2×200 CV viendront me verbaliser, il me faut encore trouver le réglement international, supérieur aux arrêtés préfectoraux et municipaux, qui invalide l’occupation d’un chenal de navigation par des mouillages. je cherche.
Le Mercredi 24 juin 2009 à 19:26
Bonjour François Xavier, je vois que nous sommes sur la même longueur d’onde. Ce qui est frustrant sur notre cher Bassin, c’est que les “décideurs” qui ont signé l’arrêté préfectoral maritime de 2003 qui définit la surface maximale des zones de mouillage (Préfet maritime, Préfet terrien, commune riveraine) ont quelque peu oublié de consulter les usagers, et en particulier les navigateurs au mouillage.
Le Navigateur demande le droit de naviguer et de mouiller librement quand il veut où il veut tout en respectant les exigences de l’Administration (la règlementation) et sans agresser l’environnement.
Or la nouvelle configuration des zones de mouillage a généré tant de dysfonctionnements (trop long à citer) qu’il y a un mécontentement non négligeable des usagers du Bassin y compris des professionnels. Je n’oublie pas à juste titre celui du skippeur de l’Iboga.
Comment faire pour rejoindre la plage ? Par où dois-passer ? On ne voit que des bouées de mouillage, rarement un chenal clairement balisé, donc je traverse la zone de mouillages, je suis en infraction mais bof “pas vu, pas pris”.
Dans le Bassin, il semble que la bouée blanche soit la tyrannie de l’Administration. Or, on peut réduire la surface des zones de mouillage. La construction de petits ports enclavés tels ceux du Teich ou du Betey n’agresserait pas la carte postale du Bassin. La règlementation (nationale)autorise l’implantation d’infrastructures légères tels des pontons flottants. Installés dans les zones protégées, les navires amarrés à l’avant et à l’arrière, ce concept réduirait considérablement la surface occupée par les mouillages.
Faut ajouter des “brises houles” tels des gros tubes superposés, un flottant supportant 2 autres immergés.
Dans l’ancienne configuration, le Navigateur locataire d’un poste de mouillage, prévenait le prestataire des corps-morts qui posait le mouillage quelques jours seulement avant l’arrivée du navire et l’enlevait rapidement après son départ. Il y avait un pic d’occupation 10 juillet/30 août mais en dehors de cette période, les bouées blanches n’étaient pas envahissantes. Dorénavant, dès le 1er avril, 4835 bouées blanches sont en attente du locataire. Au 1er juin 2009, j’ai compté seulement 50% d’occupation des postes de mouillages, alors à quoi bon les livrer dès le 1er avril. Certains postes ne seront occupés qu’une semaine, d’autres jamais utilisés dans l’année.
Pourquoi cette situation ? La productivité certainement, la manutention a un coût, le deux fois 200 CV également . . .
Pour améliorer la carte postale du Bassin il est nécessaire de développer la réflexion auprès des usagers et c’est réalisable dans les chroniques de l’Iboga ou à travers l’associatif plaisancier. C’est ce que nous essayons à CDROM. Bonne réflexion et bonne navigation.