Caouène !

Oui : caouène ! C’est une exclamation ici, qui signifie, au delà de sa traduction simpliste en « et merde ! », exprime la contrariété d’être empêché d’aller de l’avant, d’être bloqué par quelque chose. Et au sens propre, dans le patois de Buch, un banc de sable sous l’eau, mais pas assez profond pour éviter de s’y échouer si jamais on tente de passer dessus. Bien sûr la contrariété est de plus ou moins longue durée selon qu’on s’y échoue au montant ou au descendant :)

Dans mon cas, la contrariété est aussi modulée par mon flegme et mon goût de l’instant présent, qui me font considérer en l’occurrence ce dimanche fin de matinée qu’il y aurait pire que d’être échoué sur ce beau sable jaune 2h au milieu de nulle part entre le Pyla, Arguin et le Ferret. Au pire, discrètement vexé ;) Et encore. On s’assagit de ce côté là aussi… Allez, je concède une petite déception de ne pas avoir pu rejoindre les amis de Pilpouz à Arguin, eux qui sont passés devant moi, donc juste à côté de la fatale caouène, pour rallier Arguin après leur nuit à Saous.

Cet épisode expliquant la brièveté de la route de ce dimanche sur l’eau.

Le dimanche avait commencé à basse mer dans la nuit de samedi, quand je me suis installé à bord pour attendre le flot. Après un sommeil haché par le tangage de la pleine mer de 6h du mat, j’attends la dernière demi-heure pour quitter le mouillage avant que le bateau ne se repose. Il est dans les 8h. Un coup de moteur, prise du premier corps mort dans le chenal. Petit déj à bord en préparant le bateau. Le soleil levant éclaire bien ce début de matinée. Profitons-en : la prévision météo n’est pas si clémente.

Une heure plus tard, j’ai fait mon plan (il ressemble à celui de la marée d’il y a 15 jours, forcément) : faire contre courant au portant une petite heure, puis descendre vers les bancs jusqu’à la masse mer. Le vent arrière me déhale juste contre les 93 de coef. Cap vers le Grand banc.

Ce qu’on peut voir sur la trace :

Quand j’aperçoit Pilpouz qui descend au près le long des bancs de Péreire. Il a dû me voir ; nous convergeons. Rencontre #NNDD. Nous convenons de nous retrouver à Arguin. Voilà un beau programme ! Bien sûr avec son First et ses voiles de champion, il fait un cap 15° meilleur que l’Iboga le long du Ferret. Mais avec sa quille relevable, ne va-t-il pas être gêné pour traverser le champ de bancs qui séparent les chenaux principaux de la sortie du bassin ? Il enquille. Je le suis. Il passe. Je… ne passe pas ! Touché. Je ne devais pas le suivre si bien. Sur la petite vague de l’élan, le bateau passe une fois. Mais pas deux. Je saute à l’eau pour pousser. Remonte pour m’extraire au moteur. Las. Tu ne sais pas fx depuis le temps qu’on ne sort pas d’une caouène quand le courant te pousse fort dessus comme ça ? Ben, oui je sais… OK. Ciao le meeting #NNDD. Il est 10:50. Il reste une heure de descendant, donc je suis là pour 2h max.

Sur ma caouène

Sur ma caouène

Je ne mets même pas l’ancre. Affalage des voiles. Mal en patience. Heureusement j’ai de la lecture. Le vent tourne ouest-nord-ouest à la basse mer, comme annoncé, bravo Météo Consult. Sur ce, la pluie. On est aussi bien dans la cabine…

Un moment le bateau reflotte. Ma caouène devient agitée : c’est là que ça va déferler. Je remonte quelques centaines de mètres au moteur pour mouiller à l’abris du banc de sable. Un plaisir ce moteur depuis la dernière révision et son hélice neuve. Puis casse-croûte suivi du café à bord.

Il est encore tôt. Je teste la vent contre courant pour mesurer les possibilités : elles sont médiocres, au portant, le bateau n’étale pas le courant ; je peux pas jouer à me laisser porter sinon ça va m’amener un peu tard dans la soirée pour revenir. Je n’ai pas d’autre choix que de retourner avec le courant au mouillage. Qui est atteint avant 16:00. Ça fait quand même 8h sur l’eau pour aujourd’hui.