Une Pentecôte agitée et penchée

C’est samedi soir et j’ai pris ma journée pour me reposer d’une semaine très intense au travail. En arrivant au Ferret, je rêve d’une pizza, mais au lieu d’aller chercher ma pizza chez Joël, je croise un propriétaire de Gibsea 68 avec qui je ne résiste pas au plaisir d’une bière et d’anecdotes de carénage et bricolage… Résultat à 22:34 : Joël a éteint son four. Argh! Heureusement ma glacière est plein de bonnes choses du marché (mais ma pizza, heuhhh…)

C’est presque la pleine mer, nuit noire et déjà du vent et de la houle. Le mouillage est agité. J’amarre l’annexe sur le pont pour la nuit. J’ai un truc, pour dormir quand le bateau roule – et cette nuit il va rouler, et tanguer aussi – c’est de me coucher en travers, au plus large de la pointe avant. Sisi, ça rentre. C’est parti pour la nuit quand ma liseuse me tombe des mains, avec Les hallucinés de la voie oblique, opus 36 de l’hallucinant, inégal entre médiocre et génial, mais haletant pulp-feuilleton La Compagnie des Glaces.

La PM vers 23h, ajoutez 6, c’est une BM vers 5h, donc le bateau posé, pas de roulis. Je me réveille tard, le bateau flotte déjà bien. Mais le petit déj dans le roulis infernal (sur une musique d’Indochine), pas question ! Je laisse l’annexe au mouillage et je file d’un coup de moteur dans la Lugue, à l’abris de la houle qui court du nord-est au sud-ouest, autant dire toute la longueur du bassin. Dans l’entrée de la lugue, 3 ou 4 bateaux-caravane, dont mon pote de Pâques, celui qui fait tourner son groupe électrogène pour les bières ou la tévé. Je le contourne et vais planter mon ancre sur le banc, face au vent. Je vois le 680 Tao qui sort, sous GV seule à 1 ris. Petit déj tranquille à bord jusqu’à 10:00. Préparation du gréement : 2 ris dans la GV et petit foc. Tao rentre déjà. Iboga sort de la lugue puis de l’escoure du phare.

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Traversée du chenal bâbord amure, jusqu’à la plage des Arbousiers. Ah, il y a de l’animation. Des… nageurs ! Je ne peux pas évoluer par là : je dégage vers le nord. Pas encore d’idée sur le programme. Mais vers la bouée 15, le vent a faibli. Je relâche 1 ris. Puis le 2e (regardez sur la trace comment je gère). Tentative de contacter des Jouëtistes et/ou #NNDD. Laurent de Bonnaire est à la Rochelle et tente de me faire la morale à propos d’un gilet gonflable. Allez, la marée baisse : on va au sud.

Rencontre avec la flottille de kayaks menée par Nathanael, ami de la famille et skipper d’un Jouët 680 lui aussi. Le long d’Arguin, hésitation : rejoindre les nombreux bateaux dans la conche (ils sont 10) ou mouiller solo côté dune, pour changer. Mais j’anticipe une rotation du vent vers W-NW, je serai mieux dans la conche. J’arrive rarement avec autant d’eau, l’entrée et l’évolution dans la conche sud du banc sont très simple aujourd’hui. Ancre bout au vent et à culer à la plage, le bateau orienté N-S.

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Traversée du sable, pour aller me baigner dans la passe. L’eau et le vent sont quand même froids pour la saison. Je n’insiste pas. Retour au bateau. Ça y est, le vent a tournée et mon moteur se retrouve tout près de l’étrave d’un semi-mou. Je lance le moteur, hâle l’ancre et un paquet de vase, et remonte face au vent pour me planter à la plage mieux orientée. Casse-croûte. Lecture. Sieste. Matelotage de Dyneema ; résultat : 2 erses pour remplacer l’ancrage de hâle-bas en pied de mât, et replacement de l’estrope en câble du palan de GV par du textile.

Entre temps, le vent a bien forci, avec des rafales à 25 nds. La plupart des bateaux sont partis. la proportion de voiliers passe de 2/14 à 4/8.

À la fin de la journée, il ne reste qu’un catamaran, et l’Iboga. J’ai affourché sur 2 ancres à la plage, pour tenter de gérer les errements du bateau dans les rafales. Le catamaran appareille, laissant pour nous seuls le coucher de soleil interminable et somptueux jusqu’au bout, dans ce ciel nuageux avec des trous de ciel. Un bon moment pour un (deux) ti-punch, puis la nuit tombant, un dîner frugal.

Je surveille la montée de l’eau jusqu’à 23:00, comment se comportent les ancres, le bateau. je ne voudrais pas être échoué en haut de la plage au réveil… Puis, banette (avec Lien Rag revenu Roux de SAS, etc.) pour une nuit venteuse mais sans ressac.

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Réveil vers 2:00. Coup d’œil panoramique. La demi-lune se couche à l’ouest. Le bateau a l’étrave qui porte sur le sable. C’est le frottement qui m’a réveillé. Je ne dois pas être bien clair parce que je ne réagis pas…

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Réveil au jour. Truc bizarre : le bateau n’est pas à plat. Ah, ben, non, pas du tout ! Il est perpendiculaire à la côte, ça c’est parfait ; seulement la côte elle est très accore ici, peut être à 45°, les 2 aussières d’ancres tendues comme de la corde à piano, l’étrave pointe vers le ciel et le cul à peine dans l’eau 1,80m plus bas ! Bravo pour le mouillage fx…

Le ciel est encore chargé, avec de belles éclaircies qui illuminent les dunes en faisant ressortir leur relief. Quelle chance de pouvoir profiter de ce mouillage à proximité.

Le temps que la marée remette mon bateau à plat, petit déj « roumain » : salade d’huile d’olive aux tomates, fromage, œuf dur, et thé vert (entorse au régime roumain qui aurait privilégié une gnôle de fruits du jardin).
Encore du matelotage, je commence à être efficace avec la tresse Dyneema (c’est quand même le plus facile je pense). Et voilà le bateau qui flotte ! On ne va pas s’éterniser, le vent est encore fort et frais. J’ai l’intention d’être rentré à Bordeaux dans la journée pour travailler un peu…

GV à 1 ris et génois. Ça fuse ! Les rafales dans les 20 nds encore. Le bateau évolue bien au près. Je lui fait traverser les bancs de sable dans une houle rentrante de 1m. Ça cabre un peu mais le génois tire bien. Et quelques bords plus tard c’est le retour au mouillage. La mer est assez montée pour conserver de la dérive. facile. Prise de corps mort sous voile, à l’ancienne.

Fin du WE de la pentecôte agitée et penchée.

Plus de 📷 dans l’album de la saison

La trace de l’aller et du retour :