{"id":163,"date":"2000-06-23T09:28:00","date_gmt":"2000-06-23T07:28:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fxbodin.com\/wordpress\/?p=163"},"modified":"2000-06-23T09:28:00","modified_gmt":"2000-06-23T07:28:00","slug":"malgre-tout-les-songes-dune-epave","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fxbodin.com\/iboga\/tradition\/malgre-tout-les-songes-dune-epave-163","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Malgr\u00e9 tout\u00a0\u00bb : les songes d&rsquo;une \u00e9pave"},"content":{"rendered":"<div style=\"font-family: Times New Roman, Times, serif; color: #333333; font-size: 1.5ems; margin-right:auto; margin-left: auto;\">\n<p>\u00a0\u00bb MALGRE TOUT \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle gisait abandonn\u00e9e et seule sur la plage<\/p>\n<p>Loin des flots familiers qui ne la ber\u00e7aient plus<\/p>\n<p>Et triste et sans espoir, car elle \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge<\/p>\n<p>O\u00f9 les souhaits heureux sont souhaits superflus,<\/p>\n<p>La pinasse savait !.. et oui, les bateaux savent<\/p>\n<p>Que, c&rsquo;est le sort de ceux que la mer n&rsquo;a pas pris;<\/p>\n<p>On l&rsquo;avait mise l\u00e0 pour y mourir !.. Mais brave<\/p>\n<p>Elle se r\u00e9signait, sachant que ses d\u00e9bris<\/p>\n<p>Pourriraient lentement dans le sable des dunes<\/p>\n<p>Ou br\u00fbleraient gaiement dans les foyers d&rsquo;hiver;<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 le sort commun ! Maintenant sans rancune<\/p>\n<p>Elle s&rsquo;abandonnait aux lois de l&rsquo;Univers&#8230;<\/p>\n<p>Elle savait&#8230; depuis ce jour gris de l&rsquo;automne,<\/p>\n<p>O\u00f9 l&rsquo;on \u00e9tait venu lui prendre son moteur;<\/p>\n<p>Quand on prend le moteur, plus rien ne vous \u00e9tonne<\/p>\n<p>Oui, c&rsquo;\u00e9tait bien la fin de ce temps enchanteur<\/p>\n<p>O\u00f9 le c\u009cur du moteur ne battait que pour elle<\/p>\n<p>Maintenant r\u00e9par\u00e9 peut-\u00eatre et rajeuni<\/p>\n<p>Ronronnait-il aupr\u00e8s d&rsquo;une barque nouvelle ?<\/p>\n<p>Mais pour elle, vraiment tout \u00e9tait bien fini<\/p>\n<p>La pluie et le soleil poursuivaient leurs morsures,<\/p>\n<p>Ecaillaient la peinture et d\u00e9nudaient le bois<\/p>\n<p>Et sur un de ses flancs une large blessure,<\/p>\n<p>Que les enfants joueurs agrandissaient parfois,<\/p>\n<p>Laissait voir les secrets de sa coque perc\u00e9e.<\/p>\n<p>Sa cabine, sans porte, \u00e9tait vide \u00e0 pr\u00e9sent<\/p>\n<p>Et les vents maraudeurs ou la bise glac\u00e9e<\/p>\n<p>S&rsquo;engouffraient en sifflant sous le toit g\u00e9missant<\/p>\n<p>Dans les nuits o\u00f9 le temps se mettait en col\u00e8re !<\/p>\n<p>\u0097 Pourtant sur ce bateau moribond, presque mort,<\/p>\n<p>Un nom se d\u00e9tachait, port\u00e9 comme pour plaire,<\/p>\n<p>Et que tous saluaient, quand il rentrait au port :<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb MALGRE TOUT \u00ab\u00a0&#8230; De ce nom elle \u00e9tait fi\u00e8re encore<\/p>\n<p>La pinasse d\u00e9chue et aux jours incertains.<\/p>\n<p>Un nom, c&rsquo;est comme un pavillon que l&rsquo;on arbore;<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb MALGRE TOUT \u00ab\u00a0, un beau nom pour narguer le destin !<\/p>\n<p>Car malgr\u00e9 les malheurs que le sort nous inflige,<\/p>\n<p>Les d\u00e9sillusions et les espoirs d\u00e9\u00e7us,<\/p>\n<p>Les obstacles fortuits ou qu&rsquo;\u00e0 tort on n\u00e9glige,<\/p>\n<p>Et l&rsquo;oubli des conseils que l&rsquo;on avait re\u00e7us<\/p>\n<p>Il reste \u00a0\u00bb malgr\u00e9 tout \u00a0\u00bb des tr\u00e9sors que l&rsquo;on garde<\/p>\n<p>Soigneusement cach\u00e9s aux creux du souvenir,<\/p>\n<p>Des morceaux de bonheurs, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9cart on regarde,<\/p>\n<p>Quand on est seul et que nul ne peut survenir;<\/p>\n<p>Des bonheurs arrach\u00e9s malgr\u00e9 tous les obstacles,<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les envieux, les jaloux, les rivaux;<\/p>\n<p>\u0097 Et ce sont les plus chers au c\u009cur, les vrais miracles ! \u0097<\/p>\n<p>Mais aussi les bonheurs n\u00e9s des humbles travaux,<\/p>\n<p>Moins brillants, mais plus doux et plus profonds sans doute,<\/p>\n<p>Qui consolent des temps mauvais et des \u00e9checs,<\/p>\n<p>Des mirages trompeurs rencontr\u00e9s sur la route<\/p>\n<p>Et des fautes aussi !.. Et la pinasse, au sec,<\/p>\n<p>Naviguait sur les souvenirs de sa jeunesse !..<\/p>\n<p>&#8230; Les souvenirs ce sont les vrais tr\u00e9sors des vieux,<\/p>\n<p>Souvent leur seule joie et leur seule richesse,<\/p>\n<p>Que nul ne peut leur prendre !.. Et d\u00e8s lors oublieux<\/p>\n<p>Des deuils et des malheurs qui peuplent l&rsquo;existence,<\/p>\n<p>Ils revoient les bonheurs&#8230; qu&rsquo;ils ont parfois r\u00eav\u00e9s !..<\/p>\n<p>\u0097 Qu&rsquo;elle \u00e9tait belle jeune, et quel orgueil intense,<\/p>\n<p>Quand sur sa coque lisse et ses flancs relev\u00e9s<\/p>\n<p>Elle avait ressenti la caresse jalouse<\/p>\n<p>De la mer, qui s&rsquo;ouvrait soudain pour l&rsquo;accueillir !<\/p>\n<p>Les vagues la ber\u00e7aient comme on berce une \u00e9pouse&#8230;<\/p>\n<p>Ce souvenir encor la faisait d\u00e9faillir !<\/p>\n<p>Mais bient\u00f4t \u00e0 son tour elle l&rsquo;avait conquise<\/p>\n<p>Cette mer \u00e0 l&rsquo;humeur changeante et qui souvent<\/p>\n<p>Passe en quelques instants d&rsquo;une douceur exquise<\/p>\n<p>Aux plus sombres fureurs, lorsque souffle le vent.<\/p>\n<p>Elle se revoyait, dans le jour qui d\u00e9cline,<\/p>\n<p>Fendre les flots unis sans effort et sans bruit,<\/p>\n<p>Comme font les ciseaux dans une \u00e9toffe fine;<\/p>\n<p>Mais aussi se cabrant dans l&rsquo;\u00e9cume et la nuit,<\/p>\n<p>Quand la temp\u00eate avait rendu folles les vagues<\/p>\n<p>Que n&rsquo;avaient-elles su la garder \u00e0 son tour !..<\/p>\n<p>&#8230; La pinasse parfois, comme un mourant divague,<\/p>\n<p>R\u00eavait que quelque vague au monstrueux d\u00e9tour<\/p>\n<p>Venait la prendre l\u00e0, sur la plage d\u00e9serte,<\/p>\n<p>Pour l&#8217;emporter au fond des gouffres de la mer,<\/p>\n<p>Paradis des bateaux dont on pleure la perte&#8230;<\/p>\n<p>&#8230; Mais le r\u00eave rendait ses regrets plus amers.<\/p>\n<p>Mieux valait \u00a0\u00bb malgr\u00e9 tout \u00a0\u00bb jusqu&rsquo;au bout rester digne,<\/p>\n<p>Faire honneur \u00e0 son nom ! Car c&rsquo;est un brave aussi<\/p>\n<p>Celui qui sans murmure \u00e0 son sort se r\u00e9signe<\/p>\n<p>Et voit venir la mort sans peur et sans souci.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;*<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;* *<\/p>\n<p>Dans un feu qui s&rsquo;\u00e9teint quelques tisons survivent&#8230;<\/p>\n<p>Et on voit \u00a0\u00bb malgr\u00e9 tout \u00ab\u00a0, m\u00eame au c\u009cur de l&rsquo;hiver,<\/p>\n<p>Briller comme l&rsquo;\u00e9cho d&rsquo;une f\u00eate tardive,<\/p>\n<p>Quelque p\u00e2le soleil dans un ciel d\u00e9couvert&#8230;<\/p>\n<p>Certains jours des enfants venaient jouer sur elle<\/p>\n<p>Ils martelaient le pont de leurs petits pieds nus,<\/p>\n<p>Et le plancher disjoint, aux lourds efforts rebelle,<\/p>\n<p>Tressaillait de plaisir \u00e0 ces jeux ing\u00e9nus.<\/p>\n<p>Prenant part \u00e0 leurs jeux, captive de la gr\u00e8ve,<\/p>\n<p>La pinasse voguait avec eux sur les eaux&#8230;<\/p>\n<p>\u0097 Les enfants et les vieux ne jouent qu&rsquo;avec des r\u00eaves \u0097<\/p>\n<p>&#8230; Ensemble ils parcouraient des horizons nouveaux.<\/p>\n<p>Ils voyaient des pays pleins de b\u00eates sauvages,<\/p>\n<p>De peuples emplum\u00e9s, horribles et furlant,<\/p>\n<p>Qui s&rsquo;\u00e9lan\u00e7aient pour les saisir \u00e0 l&rsquo;abordage !..<\/p>\n<p>&#8230; Et le combat fini, vainqueurs et turbulents,<\/p>\n<p>Les enfants la quittaient&#8230; Et la pinasse, seule,<\/p>\n<p>Songeait que \u00a0\u00bb malgr\u00e9 tout \u00a0\u00bb elle avait pu donner<\/p>\n<p>Un peu de joie encor, comme donne une a\u00efeule,<\/p>\n<p>Aux petits qu&rsquo;il faudra bient\u00f4t&#8230; abandonner !..<\/p>\n<p>Le Cap-Ferret, septembre 1965<\/p>\n<\/div>\n<p>Po\u00e8me en vers publi\u00e9, \u00e0 compte d&rsquo;auteur, dans le recueil \u00ab\u00a0L&rsquo;eau qui dormait\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>P.L. ERB\u00c9 \u00e9diteur<br \/>\n&#8212;&#8211;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00bb MALGRE TOUT \u00a0\u00bb Elle gisait abandonn\u00e9e et seule sur la plage Loin des flots familiers qui ne la ber\u00e7aient plus Et triste et sans espoir, car elle \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge O\u00f9 les souhaits heureux sont souhaits superflus, La pinasse savait !.. et oui, les bateaux savent Que, c&rsquo;est le sort de ceux que la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[],"class_list":["post-163","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-tradition"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.fxbodin.com\/iboga\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.fxbodin.com\/iboga\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.fxbodin.com\/iboga\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fxbodin.com\/iboga\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fxbodin.com\/iboga\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=163"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.fxbodin.com\/iboga\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.fxbodin.com\/iboga\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=163"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fxbodin.com\/iboga\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=163"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fxbodin.com\/iboga\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=163"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}