Architecture et urbanisme à Arcachon, un peu de perspective

Projet d'établissements de bains de mer allée de la Chapelle à Arcachon 1827

le 1er projet de bains de mer à Arcachon n'a pas réuni toutes les conditions de mise en œuvre

Je rentre d’une passionnante conférence donnée par Bernard Toulier à arc en rêve, centre d’architecture à Bordeaux. Le sujet : architecture et urbanisme des villes balnéaires en France, de 1780 à 2000.

Je ne suis pas un habitué d’arc en rêve, cette Institution Culturelle bordelaise. Pas mon territoire, l’architecture, le design, la maîtrise d’ouvrage… Bien que depuis toujours intéressé par l’urbanisme. Et puis, quasi inculte en la matière, j’ai pourtant des goûts en matière d’architecture et de styles de construction.

Site web d'arc en rêves centre d'architecture

Site web d'arc en rêves centre d'architecture

Mais ce qui m’a surtout attiré ce soir, c’est ce sujet précis : architecture et urbanisme des villes balnéaires. Pourquoi ? Pour être intimement l’enfant d’une station balnéaire1 ; pour être l’héritier d’une famille à laquelle est attachée une partie de l’histoire de La Teste et de son détachement de 1857, Arcachon2 ; pour être passionnément concerné par le bassin, qui fut, qui est et qui sera… quoi ? Sujet d’interminables débats avec de non moins passionnés et concernés amis (ping:@estouki et son goût pour le toit-terrasse, ailleurs ;-). J’espérais donc en venant assister à cette conférence acquérir des éléments de perspective, des références qui me permettraient d’éprouver mes idées, mes raisonnements, mes prises de position, sur l’urbanisme du bassin, ce qu’il fut, ce qu’il est et, surtout, ce qu’il sera, devrait être, pourrait être, si…

Et je n’ai pas été déçu.
Quelques notes fragmentaires.

Découverte : le caractère théâtral des premiers bains de mer, avec, surplombant les équipements de plage, une promenade qui permet de profiter du spectacle des baigneurs.

Confirmation : les stations balnéaires ont toujours été bâties de façon éphémère, avec un fort taux de renouvellement urbain.

Confirmation : la promotion des cités balnéaires, des plus grandes aux plus petites a toujours été une histoire économique associant les intérêts bien compris de banquiers, de transporteurs, de promoteurs ; partout, des casinos financent la mise en valeur de terres acquises à bas coût ; la recherche d’une plus value rapide, la spéculation.

Château Deganne Arcachon casino de la plage palais des congrès

Le Château Deganne, à Arcachon, "casino de la plage", palais des congrès et hôtel était une réplique du château de Boursault, dans la Marne

Les styles : il n’y aurait pas de style spécifiquement balnéaire ; hormis fin XXe, les architectes ne conçoivent rien qui n’ait été déjà fait ailleurs ; pas d’innovation ; un impératif : le style est au service de la publicité, face à la concurrence, la station balnéaire doit toujours devancer la mode ; ce qui se traduit par le fort renouvellement des équipements, leur transformation rapide.

Styles, bis : la ville néoclassique (homogène) cède la place à la ville éclectique (multiplicité de styles rapportés, fortes différentiations sociales) puis à la ville régionaliste…

Analyse : l’ancien concept de ville balnéaire, avec casino et promenade, battu en brèche par le modèle de la marina.

Urbanisme : rien de neuf depuis les romains, le modèle est celui de la colonie de terres vierges.

Hallu ! En Géorgie, un village de vacances pour 80 000 habitants. Ces infrastructures sont des machines de guerre économique. On a changé d’échelle.

En conclusion, je reste sur mon questionnement de fond.

Souvent, la vue ou la pensée de ce qu’est devenu « mon » bassin d’Arcachon, et notamment le sud bassin, de Gujan au Pyla, un haut le cœur me prend, une vague tantôt écœurée, tantôt nostalgique, tantôt de colère… Pourtant je me défends de ces sentiments : à quoi bon ?

Sympathisant d’initiatives de protection du patrimoine, telle la sauvegarde du musée aquarium, la promotion de la plaisance traditionnelle, l’information sur l’architecture traditionnelle, la publication de collections de cartes postales anciennes, la dénonciation des politiques environnementales et toutes les tartuferies, il m’arrive cependant de me dire soit « Arcachon, c’est le passé ; va de l’avant, et laisse ce passé à ceux qu’il intéresse aujourd’hui… » soit « et alors ? Arcachon a été bâti avec de l’ADN de spéculateurs ; elle a été plusieurs fois construite puis détruite… à quoi bon tenter de bloquer le mouvement ? Le même mouvement finira bien par nous refaire une ville que l’on peut aimer. Non ? »

Voilà.

Pour vous faire une idée, vous pouvez vous reporter à l’ouvrage de Bernard Toulier Villégiature des bords de mer. Architecture et urbanisme. Il ne parle bien sûr pas que d’Arcachon, loin s’en faut, mais vous y trouverez quand même

L'ouvrage de Bernard Toulier 57€ chez Amazon

– la villa Geneste, au Pyla,
– la villa Téthys, au Moulleau,
– à Arcachon, le château Deganne (allez quand même voir ce qu’Ils lui ont fait. Ça y est, je recommence), (feu) le casino Mauresque, les bains d’Arcachon de Trindel, l’Arcachonnaise (toujours « ravissante », en vitrine des agences immobilières), les jetées Thiers et de la Chapelle, l’éphémère buffet chinois de la gare, le chemin de fer, par lequel « tout est arrivé », les chalets suisses de la ville d’hiver, l’hôtel Legallais, la Côte d’Argent…
– à Andernos, les casinos Le neptune et le Miami,
– à Arès, l’aérium,
– et la villa algérienne de Léon Lesca, à l’Herbe,
Plus de très sérieuses analyses qui offrent une salutaire perspective.


  1. Références : « la jetée de la Chapelle« , « mon bassin dans le cœur« …  

  2. Robert Aufan, dans sa « Naissance d’Arcachon » rapporte que le partage de la propriété familiale des Lalesque, représentant 16 hectares, entre la chapelle Notre Dame et le bassin, fut le 1er lotissement d’Arcachon 

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